Une note attribuée au Mbog Liaa est virale depuis mardi 5 mai 2026 sur les réseaux sociaux. Mais après vérification auprès des chefs traditionnels, ce document n’émane pas d’eux, encore moins d’un quelconque regroupement des fils et filles Bassa’a.
Un document signé le 4 mai 2026 à Eséka dans le département du Nyong-et-Kellé, région du Centre et attribué au Mbog Liaa fait l’objet de plusieurs publications depuis le mardi 5 mai 2026. La note devenue virale sur Facebook (1, 2, 3, …) et dans les groupes privés et professionnels Whatsapp entre autres, est en fait un avis d’interdiction et de promotion culturelle. Il s’agit précisément de l’interdiction du « Dimanche taro ». En effet, « L’organisation de l’événement ou de la pratique dénommée « Dimanche Taro » est désormais formellement interdite sur l’ensemble des terres ancestrales Bassa’a. Cette mesure vise à freiner l’acculturation et à restaurer la souveraineté de nos propres traditions dominicales », lit-on dans l’alinéa 1 de cette circulaire. L’alinéa 2, lui, met en relief la promotion du patrimoine local. Car, « Dans l’optique de valoriser notre identité gastronomique, le Conseil exhorte les restaurateurs et les associations à instituer et promouvoir le « Dimanche Bongo’o » ou le « Dimanche Ikok ». Ces mets, piliers de notre culture, doivent retrouver leur place centrale lors des réjouissances et des partages communautaires ». Le non-respect de ce qui précède expose tout contrevenant « aux rigueurs de la coutume, incluant le retrait de la reconnaissance traditionnelle et d’autres sanctions rituelles déterminée par le cercle des Sages. », avise l’auteur de la note à l’alinéa 3 de la note.
Le Mbog Liaa est une association des peuples Bassa’a-Bati-Mpôô. C’est aussi un festival culturel organisé autour de la symbolique de la grotte sacrée dénommée « Ngog Lituba ». Cet événement est consacré à la valorisation, la préservation et la promotion de la culture des peuples Bassa’a-Bati-Mpôô du Cameroun, mais aussi, un espace de représentation et d’expression d’autres communautés et différentes aires culturelles du pays.
Cette note circule au moment où le Cameroun se prépare à célébrer la 54è édition de la fête nationale le 20 mai prochain sur toute l’étendue du territoire, sous le thème : « L’unité nationale, pilier de notre défense et socle du développement ».
Vérification
DataCheck a contacté via Whatsaap Sa Majesté Mbombog Nolla Ndjee qui ne se reconnaît pas dans cette note. « A ma connaissance, ce document n’a pas été rédigé par les Mbombog. Je dis non », dément d’emblée notre interlocuteur. « Vous savez, nous sommes dans une période où il faut faire très attention. Il faut surtout éviter les informations qui sont susceptibles de semer le trouble dans notre pays. Donc, les Mbombog ou les gardiens de la tradition que nous sommes, prônons la paix et la sérénité. Surtout la cohésion sociale et ce qu’on appelle le multiculturalisme, chère au chef de l’Etat. Donc, nous ne saurions sortir de cet orbite-là pour nous engager dans des choses qui vont mettre la cohésion sociale à mal. Mbombog que je suis, je ne m’y reconnais pas et je ne vois aucun de mes confrères rédiger un document pareil », poursuit le chef traditionnel. Mbombog Jacques Nyetam ne s’y retrouve pas non plus. « Dans ma confrérie (Mbog Báng, NdlR), on ne connaît pas un document pareil. Dans la logique, je ne vois pas un Bassa’a qui peut dire que le taro ne doit plus se manger chez les Bassa’a (…) je ne vois aucun Bassa’a qui va te dire ce qui est écrit dans ce document. Sur les réseaux, on dit et écrit n’importe quoi », assure Sa Majesté.
Même son de cloche du côté de Mbombog Christian Mpondo Pallawôh qui affirme que la note n’est pas authentique et surtout n’émane pas du Mbog Liaa. « Ce n’est pas un document signé par la structure ou par le bureau. Nous avons un bureau national dont le siège est à Yaoundé. Je suis le président du bureau du secteur Littoral. On en a plusieurs, dans les secteurs du Cameroun. Alors, ce document n’émane d’aucune instance, d’aucune direction du Mbog Liaa », soutient le chef traditionnel. Il poursuit, « donc, on ne sait pas d’où il sort. On ne sait même pas qui l’a écrit. Alors, nous, ça nous amuse énormément parce que ce n’est pas la première fois qu’on nous balance ce genre d’inepties dans les réseaux sociaux. Donc, ce n’est pas un document authentique. Il est même loin d’être dans la politique, la dynamique Mbog Liaa qui est impulsée depuis bientôt 4 ans que nous avons fait la relance au festival de Pouma. Le document n’est pas authentique ».
En conclusion, la note attribuée au Mbog Liaa interdisant le « Dimanche Taro » sur les terres ancestrales Bassa’a est fausse et n’émane pas de ce regroupement des fils et filles Bassa’a-Bati-Mpôô.
Marthe NDIANG
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