Une déclaration du Dr Kofane, présenté comme un médecin ivoirien sur Facebook, affirme que la transmission des infections sexuellement transmissibles nécessite un contact intime avec une personne infectée. Cette assertion est devenue virale sur les réseaux sociaux, Facebook notamment. DataCheck a confronté diverses sources documentaires et humaines telles que des données d’organisations sanitaires, un urologue, un gynécologue, un médecin généraliste et un expert en santé de reproduction humaine qui relève que, la transmission des IST ne nécessite pas toujours un contact intime avec une personne infectée, même s’il demeure le mode de transmission le plus fréquent. Car la contamination se fait aussi par voie sanguine, transmission mère-enfant, contact peau à peau ou partage de matériel souillé.
Tout part d’un partage fait le 14 avril 2026 par Mathieu Nathanaël Njog. Le journaliste relaie sur son compte Facebook une information sur le mode de transmission des Infections sexuellement transmissibles(IST), dont celle indiquant que: « La transmission des IST nécessite un contact intime avec une personne infectée ». La même publication a été faite quelques jours plus tôt par Kamdem Souop, présenté comme coach professionnel, expert en communication et ancien journaliste sur son compte professionnel Facebook, suivi par plus de 4 000 abonnés.
Ce post est issu de celui du Dr Kofane, connu comme un médecin ivoirien. Mayo Clinic, une organisation médicale à but non lucratif basée aux États-Unis, est citée comme source de cette assertion. Elle est comptée dans la liste des trois autres organisations contenues dans la publication de la médecin, qui mettent en avant d’autres propos allant dans le même sens que celle de l’assertion de vérification. Notamment le fait que ni les toilettes publiques, ni les sièges ne transmettent les infections sexuellement transmissibles. « Les infections comme la chlamydia, la gonorrhée, la syphilis ou le VIH ne surviennent pas sur les surfaces comme les toilettes et ne se transmettent pas par simple contact. Elles nécessitent un contact direct entre muqueuses ou un contact avec des fluides biologiques infectés », écrit également Dr Korane.
L’Organisation mondiale de la santé (OMS), les Centers for Disease Control and Prevention (CDC) et le National Health Service (NHS) du Royaume-Uni sont les autres organisations citées dans la publication. Ce post qui intervient au lendemain de la journée mondiale de la Santé qui se tient chaque 7 avril, a totalisé près de 100 partages au 8 mai 2026. Contactée via Messenger par DataCheck, Dr Kofane n’a, jusqu’à l’heure de la publication de l’article, répondu à nos questions.
Vérification
Afin de vérifier l’affirmation, DataCheck a consulté les sources scientifiques mentionnées dans l’assertion de vérification. L’OMS, Mayo Clinic et NHS indiquent toutes sur leurs sites que les infections sexuellements transmissibles se transmettent principalement lors des rapports sexuels vaginaux, anaux ou oraux avec une personne infectée. Ces organisations précisent également que «de nombreuses IST peuvent également se transmettre de la mère à l’enfant pendant la grossesse ou l’accouchement », comme le relève l’OMS. Une analyse que partage également Dr Honoré De Balzac Emapi, gynécologue, qui assure que « les infections sexuellement transmissibles ne sont pas uniquement transmises par voie sexuelle. Elles peuvent aussi l’être par voie sanguine ou par transmission mère-enfant ».
Capture d’écran d’informations sur les causes, symptômes et mode de transmission des IST © Mayo Clinic
Quant à la CDC, l’autre organisation citée dans la publication querellée, aucune recherche par mots clés sur les IST, menée par DataCheck sur son site n’a abouti à un résultat concret sur le mode de transmission des IST. Par contre, citée nommément, l’on retrouve des éléments sur les modes de transmission de la Syphilis. A l’extrême gauche de cette page, sont listés parmi les sujets, le VIH, la chlamydia, les IST, entre autres.
Un clic sur le sujet qui porte sur les IST renvoie à la définition, au mode de propagation, aux symptômes et à la prévention de la maladie, etc. D’ailleurs, dans la rubrique “Comment les IST se propagent”, on y retrouve les mêmes modes de transmissions que ceux précédemment élucidés, notamment par l’OMS, Mayo Clinics et NHS. Toutefois, la rubrique “Facteurs de risque” revient sur les comportements qui peuvent augmenter le risque de contamination. Il s’agit notamment « d’avoir des rapports sexuels anaux, vaginaux ou oraux sans préservatif, d’avoir plusieurs partenaires sexuels, des partenaires sexuels anonymes, d’avoir des relations sexuelles sous l’influence de drogues ou d’alcool peut diminuer les inhibitions et entraîner une prise de risques sexuels plus importante», dresse la CDC.
Au sujet de la transmission des Infections sexuellement transmissibles, Dr Rodrigue Gouajeu, médecin généraliste, fait savoir que malgré leur appellation, les IST ne sont pas exclusivement transmises par voie sexuelle. « La voie sexuelle demeure le mode de contamination le plus fréquent et le plus efficace, mais plusieurs autres voies existent comme la voie sanguine, transmission mère-enfant, contact peau à peau ou partage de matériel souillé ».
Le mot des spécialistes
Selon lui, sur le plan épidémiologique et médical, la transmission des IST via des toilettes, les sièges et lavabo est pratiquement impossible. « Aucun cas scientifique documenté n’existe pour les IST majeures comme le VIH, la syphilis, la gonococcie ou la chlamydia. Il a toutefois admis qu’une contamination théorique reste exceptionnellement envisageable pour certains parasites résistants en milieu humide, sans constituer un mode courant de transmission ».
Du point de vue gynécologique, « les toilettes publiques peuvent être des lieux de contaminations si les conditions favorisent la prolifération de microbes; mais c’est assez rare. (…) On ne va pas empêcher les gens d’aller dans les toilettes publiques parce qu’on estime que c’est contaminant », estime le Dr Honoré De Balzac Emapi. Qui rappelle que la transmission peut aussi s’effectuer par un microbe via pénétration par une peau lésée.
Les urologues eux, restent formels. « Qui dit infections sexuellement transmissibles veut dire que la voie de prédilection est la voie sexuelle par voie vaginale, orale ou anale », relève Dr Armel Essomba. Quoique « contrairement à ce que beaucoup pensent, les infections ne se transmettent pas seulement par voie sexuelle, (car) Il existe aussi la transmission mère-enfant », lance-t-il. Au sujet des infections via des toilettes publiques, le Dr. Armel Essomba confie qu’« il n’y a pas beaucoup d’infections sexuellement transmissibles présentes dans les urines ou les selles. En revanche, d’autres germes présents dans les toilettes publiques peuvent provoquer des infections urinaires ou des infections cutanées ».
S’agissant de la transmission des IST par contact intime avec une personne infectée, comme le précise l’affirmation de de vérification, Amina Ntieche, experte en santé de la reproduction humaine, explique elle aussi que les infections IST se transmettent principalement lors de rapports sexuels non protégés, «d’où l’expression contact intime. Celui-ci désigne un contact direct des muqueuses ou des sécrétions corporelles permettant aux micro-organismes de passer d’une personne à une autre, notamment lors de rapports vaginaux, anaux ou oraux, ou encore lors d’un contact avec des sécrétions infectées comme le sperme ou les sécrétions vaginales au niveau des muqueuses, de petites lésions cutanées ou de tissus fragiles ».
Elle complète en précisant que « la voie sanguine et la transmission mère-enfant ne sont généralement pas classées comme un contact intime. La transmission sanguine survient plutôt lors d’une exposition au sang contaminé, par exemple à travers le partage d’aiguilles ou l’utilisation de matériel non stérile. Quant à la transmission mère-enfant, encore appelée transmission verticale, elle peut intervenir pendant la grossesse, l’accouchement ou l’allaitement ».
Au terme de cette vérification, l’assertion selon laquelle la transmission des infections sexuellement transmissibles nécessite un contact intime avec une personne infectée n’est pas totalement correcte. L’OMS, Mayo Clinic, NHS et la CDC cités dans le post, indiquent que les IST se transmettent principalement par contact sexuel direct certes, mais aussi par le sang ou de la mère à l’enfant. Un point de vue que partage des médecins généralistes, gynécologues, urologues et experts en santé de reproduction humaine. Ces spécialistes de la santé renseignent cependant que les sièges et les toilettes publiques ne sont pas reconnus comme un mode habituel de contamination et rappellent toutefois que les toilettes publiques peuvent abriter d’autres microbes responsables d’infections non sexuellement transmissibles comme les infections urinaires.
Anifa MFOUSSIE
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