Une publication du député national congolais Iracan Gratien de Saint-Nicolas sur le réseau social X (anciennement Twitter) laisse croire que les États membres de la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs (CIRGL)ont décidé de l’avenir de la RDC en son absence. Après vérification auprès des spécialistes des questions politiques et diplomatiques entre autres, il ressort que la déclaration politique de cet élu national n’est pas correcte, car la RDC a bien été représentée aux récentes assises de la CIRGL. 

Le 14 janvier 2026, le député national Iracan Gratien de Saint-Nicolas a publié sur X une publication dans laquelle il dénonce le fait que la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs ait décidé de l’avenir de la République démocratique du Congo (RDC) en l’absence des Congolais. Son post (archivé ici) est illustré par un communiqué de la Conférence internationale de la région des Grands Lacs (CIRGL) daté du 13 janvier 2026. Sa légende affirme : “Aujourd’hui, des pays de la région décident sur la RDC sans les Congolais. Alors que le processus de Doha n’est pas achevé, un communiqué régional place l’AFC/M23 au même niveau que l’État congolais. Cette démarche fragilise notre souveraineté et exclut le peuple à travers son Parlement. On ne peut décider de l’avenir des Congolais sans eux. J’appelle le peuple à la vigilance. J’invite le président de la République à travailler avec la deuxième institution afin d’éviter des erreurs aux conséquences lourdes pour la Nation”. 

Iracan Gratien de Saint-Nicolas est un député national élu de la ville de Bunia, chef-lieu de la province de l’Ituri, au Nord-Est du pays. Il se déclare par ailleurs candidat à l’élection présidentielle de 2028 en RDC. Sa déclaration politique est apparue au lendemain de la publication du communiqué final sanctionnant les assises de la réunion extraordinaire des ministres de Défense des États membres de la CIRGL, en date du 13 janvier 2026. Cette réunion concourait à examiner les enjeux sécuritaires et humanitaires majeurs dans l’Est de la RDC, ainsi que leurs implications à l’échelle régionale. 

Vérification

Malgré plusieurs sollicitations par e-mail , par téléphonie mobile et via WhatsApp, le député national Gratien de Saint-Nicolas Iracan n’a pas encore répondu à la demande d’information de DataCheck. Cet article sera actualisé dès que l’élu aura apporté les précisions nécessaires concernant sa publication, que nous vérifions. De même, Fiona Irakoze, la chargée de communication de la CIRGL, contactée via mail et sur la messagerie Sales Navigator de LinkedIn, n’a pas donné suite à notre protocole d’interview.  

Cependant, une recherche par mots clés a conduit DataCheck vers ce communiqué de presse, publié le 13 janvier 2026, sur le site officiel de la CIRGL. Ce document fait mention de la présence de la RDC, à travers son ministre de la Défense à la réunion extraordinaire tenue le 10 janvier en République de Zambie. 

Cette capture d’écran, prise par DataCheck le 24 janvier 2026, présente le communiqué final de la réunion de la CIRGL qui a réuni les ministres de la Défense des États membres en Zambie.

La présence de la RDC à ce sommet extraordinaire sur la paix dans l’Est est également confirmée par la photographie officielle de clôture. Sur ce cliché, diffusé par la CIRGL sur son compte X, on reconnaît le visage de Guy Kabombo Mwadiamvita. Le ministre congolais de la Défense y apparaît au premier rang, assis en quatrième position parmi ses pairs de la région des Grands Lacs. Plusieurs médias crédibles (1, 2, 3) ont confirmé la représentation de la RDC à ce sommet par son ministre de la Défense. 

   Le visage du ministre congolais de la Défense encerclé en rouge par DataCheck 

Diplomatie 

DataCheck a par ailleurs sollicité l’avis de deux spécialistes des questions politiques et diplomatiques dont Arsène Kaputu. Il est écrivain (ses ouvrages à découvrir ici) et enseignant à la Faculté des sciences juridiques, politiques et administratives de l’Université officielle de Ruwenzori (UOR). Ce dernier qualifie la publication du député de communication politique. Arsène Kaputu explique, « La communication politique fait allusion à plusieurs techniques d’influence du public : 1. La diversion communicationnelle : ici, l’ennemi conçoit un message pour déstabiliser le fonctionnement normal des institutions afin d’en tirer profit. Dans la plupart des cas, c’est la population moins ou sous-informée qui devient confuse. 2. L’auteur du message jouit volontairement de ses connaissances pour “ballon d’essai”.

Pour  Edgar Katembo Mateso, chercheur en philosophie politique et sociale, et enseignant à l’Université de l’Assomption au Congo (UAC), l’idée d’une exclusion de la RDC de la CIRGL est infondée. Il relève en outre que le pays occupe une place stratégique au sein de l’organisation et précise qu’une telle mise à l’écart bafoue le Pacte de Nairobi, lequel impose le respect mutuel des engagements en matière de sécurité et de stabilité entre les États membres.

« Je ne crois pas que la RDC cesse d’être membre de la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs (CIRGL), parce qu’en fait, elle occupe actuellement une position centrale au sein de cette organisation sous-régionale (…). C’est dire que, pour décaler un État membre comme la RDC, il faut prouver qu’il a violé les principes sacro-saints de cette organisation. C’est-à-dire le non-respect des engagements pris dans le Pacte sur la sécurité, la stabilité et le développement (Pacte de Nairobi)”, explique Edgar Katembo Mateso. Il poursuit, “. Or, au stade actuel, c’est la RDC qui en est victime et qui mérite plus de protection. En conséquence, il est absurde de confirmer que c’est la victime qui subit la sanction qui serait infligée à son bourreau”, a-t-il réagi à DataCheck à la publication de vérification. 

En conclusion, la publication du député national Iracan Gratien de Saint-Nicolas prétendant que les États membres de la CIRCL ont récemment décidé de l’avenir de la RDC en son absence est fausse. Des vérifications sur le site officiel de la CIRGL et auprès des spécialistes des questions politiques et diplomatiques démontrent que la RDC a été représentée aux récentes assises de la CIRGL, tenues du 08 au 10 janvier 2026 à Livingstone, en Zambie. 

Joël Muyisa, en RDC