Des publications largement partagées sur Facebook prétendent que Félix-Antoine Tshisekedi, le président de la République démocratique du Congo, a accusé l’Angola de lui avoir imposé un dialogue dans le cadre des efforts de pacification de l’Est de son pays en proie aux groupes armés. Ces posts allèguent qu’il a tenu cette déclaration au Togo, où il a eu une visite “d’amitié et de travail” avec son homologue togolais Jean-Lucien Savi de Tové. Après vérification auprès des présidences congolaise et togolaise, il ressort que ces propos lui ont été faussement attribués.
Le 14 janvier 2026, l’internaute « Jimanel Lwigulira » a partagé une publication affirmant que Félix Tshisekedi a critiqué la médiation angolaise. Selon ce post (archivé ici), le président congolais a déclaré, lors de son récent séjour au Togo, que le dialogue pour la paix dans l’Est de la République démocratique du Congo (RDC) lui avait été « imposé » alors qu’il préférerait « la guerre ». Cette publication déclare : “L’Angola m’a imposé ce dialogue, mais moi je veux faire la guerre. C’est la déclaration fracassante du président Félix Tshisekedi depuis le Togo”. Cette affirmation, présentée comme une « déclaration fracassante », a été largement relayée par d’autres pages (1 et 2) sur le réseau social Facebook.
Ces publications sont faites dans un contexte particulier, marqué par la relance de la médiation angolaise autour de la crise sécuritaire dans l’Est de la RDC. Le 12 janvier 2026, le président congolais Félix-Antoine Tshisekedi a effectué une visite “d’amitié et de travail” à Lomé, où il a été reçu par son homologue togolais. C’était sur invitation de Faure Essozimna Gnassingbé, président du Conseil de la République togolaise et médiateur de l’Union africaine (UA) dans ce conflit.
Vérification
DataCheck a contacté “Jimanel Lwigulira”, l’auteur de la publication sous examen, via Messenger pour savoir, entre autres, la source de cette information. Mais, il n’a pas donné suite à notre protocole d’interview. Nous avons donc contacté Norbert Bara, le communicateur institutionnel au sein de la présidence du Togo. Il dit n’être pas en mesure de confirmer l’authenticité de la publication qui fait l’objet de cette vérification. « Je vous remercie pour votre prise de contact, ainsi que pour l’initiative portée par Data Check en matière de démêlage du vrai et du faux et de lutte contre la désinformation, enjeux essentiels pour la qualité du débat public », félicite Norbert Bara.
“S’agissant de la publication que vous évoquez, je précise que nous n’avons pas été présents lors d’une prise de parole qui aurait conduit à cette déclaration attribuée au président de la République démocratique du Congo. En l’état, nous ne sommes donc pas en mesure de confirmer l’authenticité de cette affirmation ni de l’attester comme exacte”, poursuit-il lors de notre échange sur WhatsApp.
De son côté, Tina Salama, la porte-parole du président de la RDC, soutient que le chef de l’État Félix-Antoine Tshisekedi n’a pas fait une telle déclaration lors de sa visite officielle à Lomé, la capitale togolaise. “Le président n’a fait aucune déclaration à Lomé”, a-t-elle précisé via messagerie WhatsApp.
Diplomatie
DataCheck a par ailleurs sollicité l’avis de David Lupemba, spécialiste en relations internationales et journaliste basé dans l’Est de la RDC. Selon David Lupemba, qui vit les réalités de la guerre sur le terrain, de tels propos sont invraisemblables, car ils contreviennent aux codes du langage diplomatique qu’un chef d’État est tenu de respecter lors d’une visite officielle à l’étranger. “Dans un volet purement diplomatique, je peux dire que la véracité de la déclaration attribuée au président Félix-Antoine Tshisekedi sur les réseaux sociaux me paraît contestable au regard des normes diplomatiques et des pratiques des relations internationales”, déclare David Lupemba.
Il poursuit : “En effet, une telle sortie médiatique évoquant l’idée qu’un État tiers aurait imposé un dialogue à la RDC et qu’en réaction le chef de l’État congolais voudrait la guerre serait fondamentalement incompatible avec le langage diplomatique attendu lors d’une visite officielle, a fortiori dans un cadre de concertation régionale sur une crise sécuritaire aussi sensible que celle de l’Est de la RDC”.
En conclusion, Félix-Antoine Tshisekedi n’a pas accusé l’Angola de lui avoir imposé un dialogue pour pacifier l’Est de la RDC. La porte-parole du président de la RDC notamment, soutient que le chef de l’État Félix-Antoine Tshisekedi n’a pas fait une telle déclaration lors de sa visite officielle à Lomé, la capitale togolaise.
Joël Muyisa, en RDC
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