Des publications annonçant des poursuites judiciaires de la Norvège contre le chef d’Etat Congolais sont virales sur les réseaux sociaux, notamment Tiktok. Mais après vérification, cette nouvelle n’est pas fondée.
Depuis un peu plus d’une semaine, la nouvelle selon laquelle le chef d’Etat Congolais Denis Sassou Nguesso fait l’objet des poursuites judiciaires par la Norvège est virale sur les réseaux, notamment Tiktok. Brazza Radar fait partie des comptes qui ont d’ailleurs publié cette nouvelle. La publication qui enregistre plus de 200 partages laisse entendre que le président Congolais est poursuivi par l’Etat norvégien pour corruption et détournement de fonds. La légende dit : « la Norvège poursuit la famille Sassou en justice pour corruption et détournement des fonds ». Et de préciser que, « l’affaire concerne les pots de vin. Plus de 25 millions de dollars versés au président du Congo par la société PetroNor pour le pillage du pétrole congolais ».
Cette nouvelle circule au moment où le pays est secoué par l’inculpation de deux Norvégiens et Petronor, pour « corruption aggravée à grande échelle » au Congo-Brazzaville. En effet, d’après des confrères qui relaient cette information comme ici, ici et lá la police norvégienne a annoncé lundi 26 janvier 2026 avoir inculpé une société pétrolière ainsi que deux dirigeants en Norvège, soupçonnés d’avoir versé plusieurs millions de dollars de pots-de-vin á des membres proches de la famille du président de la République du Congo. Les faits remontent à 2016.
Vérification
DataCheck a contacté le consulat de Norvège au Congo-Brazzaville, mais sans suite favorable. Impossible également d’avoir la présidence de la République. Mais, au cours d’une interview sur France 24 (diffusée le 3 février 2026), face au journaliste Marc Perelma, le ministre de la Communication et des médias du Congo Brazzaville réfute les accusations portées contre le président Denis Sassou, et ne mentionne pas de quelconques poursuites judiciaires. Il explique que, « L’office norvégien de lutte contre les crimes économiques (c’est l’organe qui a publié un communiqué) fait cette publication à quelques jours de la campagne électorale chez nous (Congo Brazzaville, Ndlr). Voilà pourquoi nous appelons cela une boule puante. Ça c’est déjà sur la forme ». Celui qui est également porte-parole du gouvernement poursuit, « sur le fond, on a une accusation contre des Norvégiens, société Petronor qui nient farouchement (en tout cas, les individus incriminés) avoir versé des pots-de-vin à qui que ce soit. Nous avons une procureure qui dit qu’elle ne peut de toute façon pas, dans le cadre de la législation norvégienne, poursuivre un ressortissant étranger et Congolais en particulier. Et de trois, il s’agit du point de vue juridique, du point de vue matérielle, présenté de manière erronée. Comme on dit : fake news ».
En outre, une recherche par mots-clés nous a permis de retrouver le communiqué de presse d’Okokrim, l’autorité norvégienne chargée des enquêtes et des poursuites relatives aux crimes économiques et environnementaux. Dans ce communiqué du 26 janvier 2026, Okokrim informe de la plainte portée contre « deux personnes et une société » notamment Hemla Africa Holding, pour « des faits de corruption en République du Congo (Congo-Brazzaville) », autrement dit, pour avoir versé des pots-de-vin à des agents publics étrangers. Le communiqué mentionne bel et bien le président Denis Sassou Nguesso et « des membres de sa famille proche » en tant que présumés bénéficiaires de ces pots-de-vin. Toutefois, il indique clairement que « la Norvège n’a pas compétence sur les personnes qui ont reçu ce que l’acte d’accusation qualifie de pots-de-vin, et Økokrim n’a donc pas examiné leur éventuelle responsabilité pénale ».
D’ailleurs, d’après le juriste Audin Tchibinda que DataCheck a contacté, « en se fondant sur la règle de droit international, aucune juridiction nationale d’un quelconque pays n’est compétente en la matière ». Donc, « la justice norvégienne ne peut pas poursuivre le président congolais pour deux raisons juridiques essentielles : d’une part, elle n’a pas compétence sur des personnes étrangères ayant agi hors du territoire norvégien ; d’autre part, un chef d’État en exercice bénéficie d’une immunité devant les juridictions pénales étrangères ».
En définitive, la Norvège n’a pas engagé des poursuites judiciaires contre le président Denis D’après un juriste que nous avons contacté entre autres, la justice norvégienne ou celle d’un autre pays n’est pas compétente en la matière.
Guerline Ngakosso, Congo Brazzaville
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