Une publication selon laquelle un chinois a été nommé Lamido à Fell, un chantier minier dans la commune de Meiganga, région de l’Adamaoua au Cameroun, est devenue virale sur Facebook. Après vérification auprès du Lamido de Lokoti, cité comme étant le faiseur du « Lamido chinois » et de la cellule de communication de la commune de Meiganga, l’information véhiculée est fausse. Le chinois en image n’a pas été intronisé Lamido, mais anobli, par un habillement symbolique en gandoura, en signe de remerciement pour l’aide qu’il apporte aux populations de ce vivant dans ce chantier.
Au soir du mardi 14 juillet 2026, N’Zui Manto, un lanceur d’alerte Camerounais dont le numéro de téléphone mentionné sur sa page Facebook porte l’indicatif de la France, publie l’image d’un asiatique, arborant une gandoura bleue avec des motifs marrons et un turban sur la tête. Le texte qui accompagne l’image est le suivant : « Bonsoir grand N’zui Manto. Hier dans notre village Fell dans l’Adamaoua où il y’a un très grand chantier d’or exploité par les chinois un ressortissant chinois a été nommé Lamdo de notre village par le lamido de Lokoti qui a fait le déplacement avec sa délégation pour l’événement. Les populations sont très en colère (Sic) ».
La publication devenue virale a fait l’objet de plusieurs reprises sur la même plateforme numérique, comme on le voit ici, ici et là. Parmi les relayeurs de cette alerte, un professionnel des médias.
Ce post a généré le 20 juillet 2026, près de 5 000 messages, plus de 500 partages et près de 15 000 mentions « j’aime ». Il survient au moment où le trafic d’or fait débat au Cameroun, avec jusqu’à 90 % de l’or camerounais qui échappent aux circuits officiels. Au même moment, le pays enregistre près de 200 entreprises exploitant illégalement l’or dans les régions de l’Est et de l’Adamaoua.
La publication devenue virale a fait l’objet de plusieurs reprises sur la 90 % de l’or camerounais qui échappent aux circuits officiels. Au même moment, le pays enregistre près de 200 entreprises exploitant illégalement l’or dans les régions de l’Est et de l’Adamaoua.
Vérification
Dans le but d’avoir plus d’informations sur la publication de vérification, DataCheck contacte Mohamadou Aoudou, le Lamido de Lokoti, présenté comme étant celui ayant nommé le « Lamido chinois ».
Lokoti est un canton situé dans l’arrondissement de Meiganga, dans le département de Mbéré, région de l’Adamaoua,
Mohamadou Aoudou dément l’information largement partagée en précisant que « parmi les chinois présents à Fel, il y a un, résidant depuis plusieurs années dans ce chantier, qui aide la population. On m’a bien parlé de lui, et dans notre coutume, quand quelqu’un est bien, on lui offre des remerciements symboliques. Et chez nous, ces remerciements se valent par l’habillement de la personne remerciée. Ce n’est pas qu’il [le chinois] est notable ou lamido, il n’est rien en dehors du fait d’être remercié, il n’a aucun poste ».
Sur le même sujet, Roger Djida, présenté comme le chargé de la communication de la commune de Meiganga, affirme-lui aussi, que l’asiatique en image n’a pas été nommé Lamido. « Le Lamido de Lokoti vient d’arriver au pouvoir et lors d’une tournée dans son canton, il s’est arrêté à Fel, où il a rencontré l’un des chinois, celui qu’il connait ; il l’a anobli (…) Ce n’est pas la première fois qu’il le fait. Il a également eu à anoblir le Sous-préfet et le maire de Meiganga, ce n’est pas quelque chose de nouveau », déclare Roger Djida.
Pour lui, la polémique est certainement dû au fait qu’il s’agit cette fois ci, d’un chinois. « Il faut aussi reconnaitre qu’on l’a enturbanné et on a peut-être cru qu’en l’enturbannant, cela fait de lui un chef. Parce qu’en réalité, les turbans sont réservés aux notables et aux chefs traditionnels. Et en le faisant, les détracteurs en ont fait une récupération politique. En réalité, chez nous, on ne nomme pas un lamido. Il est soit désigné, soit élu. Et un lamido de 2e degré n’a pas qualité de désigner un autre lamido de 2e degré », ajoute Roger Djida.
Au fil de la conversation, notre interlocuteur envoie via Whatsapp, un démenti écrit associé à une vidéo où l’on reconnait le chinois aux vêtements honorifiques. Le message signé Pierre Hervé Madougou Yagong, prince Gbaya du clan des Bokè indique que « des posts abondamment relayés sur la toile font état d’une intronisation d’un citoyen chinois comme Lamido au village Fell(…) il n’en est absolument rien ».
Impossible de discuter avec le chef de Fell, qui selon Roger Djida, par ailleurs parent proche du sus cité, ne souhaite pas s’exprimer sur le sujet. Dans le but de partager toutes les informations en sa possession, le chargé de la communication de la commune de Meiganga a cette autre fois, partager avec DataCheck, un communiqué du Sous-préfet de Meiganga, daté du 12 juillet 2026. Il ressort de ce démenti qu’il s’agissait d’une manifestation solennellement de reconnaissance à l’égard d’un opérateur minier de nationalité chinoise par un acte d’anoblissement. « Par conséquent, le Sous-préfet de l’arrondissement de Meiganga s’inscrit en faux contre une prétendue cérémonie d’intronisation d’un chef traditionnel à Fel, abondamment relayé, à travers les réseaux sociaux par des individus en mal de sensation », conclut Mebenga Yaya, le Sous-préfet de Meiganga.
L’information selon laquelle un chinois a été nommé Lamido à Fel, par le Lamido de Lokoti est fausse. L’asiatique en image dans la publication a été anoblie pour son aide apportée à la population locale.
Michèle EBONGUE
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