Des publications virales sur Facebook notamment, prétendent montrer un bain de foule à la manifestation de l’opposition congolaise regroupée au sein de la Coalition article 64 (C64) le 15 septembre 2026. Les auteurs desdits posts situent la mobilisation dans la capitale de la République démocratique du Congo. Mais après vérification à l’aide des outils de recherche d’images inversées, il ressort que l’image querellée est générée par l’IA. 

Le 15 septembre 2026, l’internaute Roger Yomapele a publié une image d’un rassemblement d’une foule avec cette légende : “🇨🇩 KINSHASA EN ÉBULLITION !

Une immense mobilisation populaire est observée ce 15 septembre 2026 à Kinshasa. Des milliers de personnes sont descendues dans les rues pour faire entendre leur voix et exprimer leurs revendications. 📸 Images de la marche en cours à Kinshasa.

👉 Suivez Roger Yomapele pour rester informés de l’évolution de la situation et des réactions à travers le pays”. Depuis, sa publication (archivée ici) a enregistré plus de 400 interactions. Un post similaire a été publié sur la page Facebook dénommée “Masi-Manimba Info+”, ainsi qu’une séquence vidéo publiée sur la page “KongoKasai”, avec près de 600 interactions. La légende dit : “#RDC Marche de l’opposition : des militants publient une vague de vidéos montrant Kinshasa la capitale en ébullition (…)”. 

En République démocratique du Congo (RDC), la Coalition article 64 (C64) a manifesté contre tout projet allant dans le sens de réviser ou de changer la Constitution, le 15 septembre 2026. L’opposition soupçonne le président de la République, Félix-Antoine Tshisekedi, de vouloir  briguer un troisième mandat. À Kinshasa, la capitale congolaise, comme dans certaines provinces du pays, des incidents ont été signalés. Ce rassemblement de l’opposition a viré aux affrontements, entraînant la mort d’un militant, aux côtés de plusieurs cas d’arrestation. Martin Fayulu, le président national du parti politique l’Engagement pour la citoyenneté et le Développement (ECiDé), accuse directement le président de la République, Félix-Antoine Tshisekedi, de lui avoir “tendu un guet-apens”, citant les militants de la Force du Progrès du parti présidentiel d’avoir usé des machettes pour disperser cette manifestation. C’est dans ce contexte de rassemblement de l’opposition que l’image et la vidéo en cours d’examen ont été faites. 

Vérification 

DataCheck a contacté via Messenger et mail l’internaute Roger Yomapele, auteur de l’image sous examen, afin de savoir d’où il tient ce cliché. Mais il n’a pas encore réagi. De même, l’internaute Merdi Mangamba, qui est par ailleurs administrateur de la page Facebook “Masi-Manimba info +” ayant publié le même post, n’a pas donné suite à notre demande d’informations. 

Une image générée par l’IA 

DataCheck a recouru aux outils de recherche d’images inversées, notamment avec le logiciel ISFAKE.AI qui établit que l’image de la vérification est en réalité générée par l’Intelligence artificielle (IA). 

 Capture des résultats issus d’ISFAKE.AI, prise par DataCheck le 23 septembre 2026 

Idem avec Hive Detect dans lequel DataCheck a inséré l’image querellée. Les résultats sont tels qu’à 92.8%, ladite photo est générée par l’intelligence artificielle.

Afin d’obtenir l’une des images authentiques de ladite marche, la rédaction de DataCheck est entrée en contact avec Vanessa Kongolo, journaliste à Radio Okapi. Ayant couvert cette manifestation contre toute révision ou modification de la Constitution, cette dernière a autorisé DataCheck à exploiter un des clichés qu’elle a réalisé sur place à Kinshasa.  

Des militants d’Ensemble pour la République marchent à Bandal, en direction du rond-point Moulaert, point de rassemblement de la C64, le 15 septembre 2026 Radio Okapi/Ph. Vanessa KONGOLO partagée à DataCheck 

Une vidéo de 2023 réchauffée en septembre 2026 

Sur une autre publication, DataCheck a retrouvé sur Facebook une courte vidéo présentée comme celle de cette même manifestation de l’opposition. Une capture d’écran de celle-ci, insérée dans Google Lens a conduit DataCheck vers une séquence similaire, publiée le 16 décembre 2023 sur le compte X du parti politique ECiDé cher à l’opposant congolais Martin Fayulu Madidi, candidat à la présidentielle à l’époque. Cette vidéo a comme contexte : “Le candidat de la cohésion nationale, @MartinFayulu, se dirige vers le lieu de son meeting à #Kinshasa avec une marée humaine. Jamais un seul homme n’aura autant mobilisé les congolais et suscité autant d’espoir. C’est le moment!”

DataCheck a par ailleurs sollicité l’avis de Hobab Watukalusu, formateur en fact-checking ainsi qu’en Éducation aux médias et à l’information (EMI) au sein de Soma Média Lab, une organisation dédiée à l’EMI, au fact-checking et à la promotion d’une culture numérique responsable basée à Goma dans l’Est de la RDC. Selon lui, ces contenus trompeurs peuvent être délibérément créés et diffusés à des fins de propagande politique. 

“(…) l’idée derrière la publication ou le partage d’un tel post est d’arriver à influencer la perception que le public a, ou pourrait avoir de cet événement qui vient se produire. Ce n’est donc pas un cas isolé !”, explique Hobab Watukalusu. Pour lui, ce n’est d’ailleurs pas sans conséquence. Car dit-il, ces contenus manipulés par l’IA, trompeurs ou sortis de leur contexte altèrent directement la façon dont les internautes consomment et perçoivent l’information en ligne. 

“Le danger n’est pas seulement que l’IA puisse contribuer à la circulation de fausses informations ; c’est surtout qu’elle peut rendre certaines fausses informations beaucoup plus crédibles, plus accessibles et plus faciles à diffuser. Un internaute qui n’est pas suffisamment formé à la vérification de l’information peut facilement se laisser convaincre par une image très réaliste, une vidéo sortie de son contexte ou un texte bien rédigé. Il peut ensuite, à son tour, partager ce contenu avec son entourage, contribuant ainsi à amplifier la désinformation”, révèle le formateur. 

En conclusion, les images prétendant montrer la marche de l’opposition congolaise à Kinshasa le 15 septembre 2026 sont trompeuses. Des vérifications ont démontré que  la photo largement partagée est générée par l’intelligence artificielle et la vidéo, quant à elle, est vieille de décembre 2023. 

Joel Muyisa, en RDC