Lors de l’émission Cartes sur table sur STV, Yves Abama, communiquant RDPC a déclaré que  70% de la population camerounaise est jeune. Seulement, des spécialistes, à l’instar d’un géographe, d’un économiste et d’un sociologue réfutent cette assertion dont la donnée n’est pas contenue dans les documents de la Banque Mondiale, de l’UNFPA, du Minjec, ou de toute autre organisation retrouvée en ligne. 

Au cours de l’émission Cartes sur table du 1er  septembre 2026, Dipita Tongo, le présentateur indiquait « (…) on a de cesse de le dire, le Cameroun est majoritairement peuplé de jeûnes ».  Directement à sa suite, Yves Abama, communiquant RDPC et panéliste de cette édition évoque « 70% ». Un chiffre que reprend aussitôt le présentateur, avant de poursuivre son propos. Contacté sur le pourcentage évoqué, Yves Abama dit ne plus s’en souvenir, tout en indiquant: « Je pense que c’était une estimation liée à la propagande politique. Je ne crois pas avoir eu accès à une source fiable qui ait dit ce chiffre ». 

Cartes sur table est une émission de débat consacrée à l’actualité politique, sociale et économique, nationale et internationale. Diffusée tous les mardi entre 21h-23h, sur Spectrum Television(STV) Cameroon, l’édition du 1er septembre était consacrée à la  « Fin des inscriptions sur les listes électorales : quels enjeux pour les prochaines élections ? ». Conformément au code électoral, la période d’enrôlement s’est déroulée du 2 janvier au 31 août 2026, faisant plus de 250 nouveaux inscrits portant le fichier électoral non toiletté à 8 238 772 inscrits. 

Vérification

En vue de vérifier le chiffre dédié au pourcentage des jeunes au Cameroun, DataCheck procède à des recherches par mots clés et retrouve des articles évoquant d’une certaine manière, ce sujet. Le cas du texte d’Investir au Cameroun axé sur le « Bilan 2018-2025 – Emploi et entrepreneuriat : la jeunesse au cœur de la stratégie de transformation économique », qui relève que «Face à une population jeune représentant plus de 60 % de la population totale, le gouvernement a déployé une stratégie multidimensionnelle visant à créer des opportunités d’emploi et à stimuler l’esprit d’entreprise, particulièrement chez les jeunes et les femmes». Tandis que la Banque Mondiale indiquait le 24 avril 2025, que « les jeunes âgés de 18 à 35 ans constituent 57 % de la population active au Cameroun ».  

Pour être fixé sur l’assertion de vérification, DataCheck s’est tournée vers le ministère de la Jeunesse et de l’éducation civique (Minjec). Mais aucune réponse n’a été apportée à nos sollicitations. Nous mettrons l’article à jour après réception de leur réaction.

Joint au téléphone, Stéphane Ndoumi, géographe, revient tout d’abord, sur la répartition statistique des populations de certaines organisations.  « Dans la structure démographique à la Banque mondiale par exemple, les moins de 15 ans représentent environ 1,41% de la population en 2024. Maintenant, les données de l’Ecam4 de 2014 disent par exemple que selon la Banque mondiale, la population africaine varie de 15 à 35 ans ». Il insiste toutefois sur la définition même de la jeunesse, qui selon lui, repose sur plusieurs critères, selon les organisations. 

D’ailleurs, Dr. Roméo Saa Ngouana, sociologue économiste souligne qu’ il n’existe pas un seul pourcentage, car tout dépend de la définition retenue. Avec la définition camerounaise institutionnelle de la jeunesse, soit 15-35 ans, on est autour de 36-37 % de la population. Le Minjec utilise explicitement la tranche 15-35 ans, et l’UNFPA donne 36,89 % pour la même tranche (…) » 


Pour ce qui est des autres institutions par exemple, « la proportion des jeunes de 15-34 ans au Cameroun était de 34,4% en 2023, d’après la Fondation Ibrahim. Pour l’Union africaine, la population jeune allant 15 à 35 ans, est de 36,28%. Et une étude de 2014 de la Banque mondiale évoquait 66% pour la même tranche d’âge, tandis que celle de 0 à 14 ans était d’environ 31% en 2024 », expose Stéphane Ndoumi. Pour qui ces pourcentages ne reflètent en rien celui évoqué dans la déclaration de vérification. Surtout que, « si on fait la moyenne de ces chiffres, on peut donc répondre objectivement que les jeunes représentent environ 35 à 37 % de la population camerounaise », explique Roméo Saa Ngouana. 

S’agissant de la déclaration en elle-même, Dany Dombou, économiste répond directement par la négative : « Non, le Cameroun n’est pas peuplé de 70 % de jeunes. C’est une exagération statistique qu’aucune source officielle ne confirme. » Pour mieux étayer ses propos, il soumet à DataCheck, les estimations de 2025. Celles-ci révèlent qu’environ 61 % de la population a moins de 25 ans. Des données qui, selon lui, incluent les enfants de 0 à 14 ans, qui représentent à eux seuls, 41 %. Quant aux chiffres de l’Union Africaine, ils sont pratiquement les mêmes que ceux de Stéphane Ndoumi, soit environ 37 %. 

Population par tranche d’âge (2025) générée par l’IA. ©Fond des Nations Unies pour la population(UNFPA). 

Toutefois, les calculs réalisés à partir des données UN/UNFPA, révèlent selon l’économiste, qu’environ 68–69 % de la population a moins de 35 ans. Soit le seul chiffre qui selon lui, s’approche des 70 % de l’assertion de vérification. Sauf que, ce chiffre inclut les nourrissons et les enfants. « La confusion dans les débats vient du mélange de trois notions différentes : la population totale de moins de 25/35 ans, la population active jeune (les 18–35 ans = 57 % de la population active, pas de la population totale), et la jeunesse au sens sociopolitique. Concernant l’âge limite : on cesse d’être « jeune » à 25 ans selon l’ONU, et à 36 ans (15–35 ans) selon l’Union Africaine (dont le Cameroun fait partie) », croit savoir Dany Dombou. Avant de conclure que « le Cameroun est indéniablement un pays très jeune. [Car] l’âge médian de sa population est d’environ 18–19 ans, et plus de 60 % de ses habitants ont moins de 25 ans. Cependant, affirmer que 70 % de la population est jeune est une simplification abusive qui mélange différentes définitions et tranches d’âge ». 

En effet, l’assertion selon laquelle 70% de la population camerounaise est jeune est erronée. Les résultats des recherches en ligne, les propos du géographe, de l’économiste et du sociologue ne corroborent pas avec déclaration. Ces spécialités affirment tous que la notion de jeunesse repose sur  des critères qui diffèrent selon les organisations et aucune n’évoque les 70% énoncés.   

Michèle EBONGUE