Lors du point de presse conjoint avec le ministre de la Communication sur le nouveau visage du secteur minier camerounais, Pr Fuh Calistus Gentry, ministre des Mines, de l’Industrie et du Développement technologique par intérim, a déclaré que le Cameroun n’a jamais exporté en dehors de l’Or artisanal, un quelconque minerai. Ce discours vient ainsi contredire le rapport ITIE 2023 sur la production et des exportations du secteur des mines et carrières, celui de The Global Economy qui tire sa source du processus de Kimberley, y compris les explications des ingénieurs en mines. Tous affirmant que le diamant, un autre minerai compté parmi la pléthore présente au Cameroun, connaît lui aussi des exportations.  

« Le nouveau visage du secteur minier camerounais avec le démarrage des grands projets et la restructuration du secteur aurifère », est le thème qui a été abordé le mercredi 15 juillet 2026, lors du point de presse conjoint du ministre de la Communication (Mincom) et de celui des Mines, de l’Industrie et du Développement technologique (Minmidt). 

Cette rencontre tenue à Yaoundé, la capitale politique du Cameroun, relève, selon Fuh Calistus Gentry, Minmidt par intérim, de la volonté du gouvernement à communiquer avec transparence sur les réformes d’envergure engagées dans le secteur minier. Une sortie qui survient au moment où le trafic d’or fait débat au Cameroun, avec jusqu’à 90 % de l’or camerounais qui échappent aux circuits officiels. Au même moment, le pays enregistre près de 200 entreprises exploitant illégalement l’or dans les régions de l’Est et de l’Adamaoua. 

Durant son discours , Fuh Calistus Gentry a fait savoir que « c’est d’ailleurs le lieu de préciser qu’en dehors de l’or artisanal, le Cameroun n’a jamais exporté un quelconque minerai, ce d’autant plus que ce sont des substances visibles qui ne peuvent être transportées que par bateaux, au su de tous ». On retrouve cette déclaration dans un enregistrement publié sur la page YouTube de FH News, présentée comme une chaîne de télévision. Cette partie du discours est entre 2’51 et 3’17. 

Vérification

A la suite d’une recherche par mots clés sur Google, DataCheck découvre un article d’Investir au Cameroun dans lequel il est indiqué la quantité de Diamant produit et exporté au Cameroun, ainsi que ce que ça génère comme revenus.  « En dépit de cette amélioration de la production, les revenus engrangés par le pays sont restés quasi-stables. En effet, informe le secrétariat national permanent du Processus de Kimberly, le Cameroun n’a engrangé que près de 110 millions de FCFA de recettes sur les exportations de cette pierre précieuse [diamant] au cours de l’année 2025, contre environ 120 millions de FCFA en 2024 », lit-on dans ce texte du 27 janvier 2026. 

Plus bas dans le même article, il y est indiqué que « les recettes obtenues des ventes de diamants à l’international en 2025 ne reflètent pas le potentiel du pays, dans la mesure où d’importantes cargaisons de cette pierre précieuse sont généralement écoulé hors des circuits formels par des trafiquants. »

Dans la même logique, l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives (ITIE) a annoncé dans son rapport de 2023 publié en décembre 2025, une contribution marginale des exportations du secteur minier. Dans le lot, 4840,05 carats de diamant artisanal exporté, pour une valeur de 98,24 millions F Cfa. Un tableau récapitulatif de la production et des exportations du secteur des mines et carrières révèle que le Saphir et les pierres de couleurs listées parmi les substances précieuses, ne contiennent aucune donnée. Ceci contrairement à l’or et au diamant dont la production et l’exportation sont exprimés en volume et en prix (millions F Cfa).  

  

Données sur la production et l’exportation de l’Or et du Diamant camerounais ©Minmidt

C’est quoi un minerai ?

Encyclopædia Universalis, un site web dédié à la recherche documentaire, la culture générale et l’enseignement, définit le minerai comme une roche naturelle contenant une ou plusieurs substances utiles, pouvant éventuellement être extraites et traitées pour être utilisées par l’homme. Techniquement, elle est selon Osman Aoudou, Président de l’Association des Ingénieurs des mines du Cameroun (Assimic), « une roche contenant un ou plusieurs substances utiles en concentration suffisamment élevée pouvant permettre leur exploitation. On parle d’anomalie positive ».

Au Cameroun, comme le notifie le Minmidt, d’importants gisements de minerais y sont recensés, faisant du pays un espace à fort potentiel géologique. D’ailleurs, l’annuaire statistique du secteur des mines, de l’industrie, et du développement technologique, édition 2020 de l’Institut Nationale de la Statistique du Cameroun (INS), liste à sa page 24, onze types de minerais par réserves minières exploitées. Des données qui bien évidemment, diffèrent selon la source d’information. 


Alors que le document présente entre autres les projets miniers et de carrières, la production et les revenus issus de cela, aucune information sur l’exportation des minerais n’y est mentionnée. Tout le contraire de The Global Economy, un site qui propose des ressources pédagogiques et des données économiques mondiales. Il révèle que le Cameroun est le 15e plus grand exportateur africain de diamant et 37e mondial, sur les 59 pays représentés dans le tableau des données exploités, dont la source est le Processus de Kimberley. La valeur estimée pour le compte de l’année 2025 est de 0,24 million USD, soit plus de 136 millions F Cfa, contre 0,28 million USD en 2024, estimé à près de 160 millions F Cfa. 

Le Processus de Kimberley est un système de certification internationale et multipartite. Il a été créé en 2003 pour empêcher le flux de « diamants de la guerre », des diamants bruts utilisés par des mouvements rebelles ou leurs alliés pour financer des conflits armés contre des gouvernements légitimes. Créé dans le but de mettre fin aux conflits armés alimentés par les diamants en Angola et à la Sierra Leone, il favorise également le commerce légitime des diamants bruts.

Les participants au Processus de Kimberley doivent appliquer leurs garanties et législations nationales. Les diamants bruts produits dans le pays seront ensuite exportés avec un certificat du Processus de Kimberley. Ce certificat confirme que les diamants n’ont pas financé des mouvements rebelles ou leurs alliés et qu’ils ne sont pas commercialisés auprès des pays non participants. Le Processus de Kimberley compte actuellement 60 participants, qui représentent 86 pays, et l’Union européenne y représente ses États membres. L’industrie et la société civile font office d’observateurs.



Gouvernement du Canada, dont le pays est l’un des membres fondateurs du Processus de Kimberley

Quant aux autres minerais, tels que la bauxite, le fer, le nikel, DataCheck n’a trouvé aucune information sur ces exportations. Contacté pour plus de détails sur la déclaration du ministre, la cellule de communication du Minmidt n’a pas réagi. 

Toutefois, sur la question de minerais exportés du Cameroun, Osman Aoudou souligne qu’« officiellement, l’Or constitue la principale substance minière exportée par le Cameroun. En parallèle, des exportations artisanales de cassitérite, de saphir ainsi que d’autres pierres précieuses et semi-précieuses sont également observées, principalement vers les pays voisins. Toutefois, ces flux sont souvent insuffisamment documentés dans les statistiques officielles ». Son collègue, également ingénieur minier qui a souhaité garder l’anonymat (pour des raisons de sécurité), répond lui aussi, par la négative à la question de savoir si l’or artisanal est le seul minerai que le Cameroun exporte. « Non, et c’est important de le préciser, parce qu’on a tendance à réduire tout le secteur minier camerounais à cette seule question. En réalité, l’or est surtout le plus médiatisé en ce moment à cause des scandales de traçabilité. Mais il faut être honnête sur l’état réel du secteur (…) Il faut distinguer ce qui est annoncé de ce qui existe vraiment sur le terrain », soumet-t-il.

L’antimoine et la wolframite sont, selon l’ingénieur en mines, eux aussi, exploités de façon artisanale, notamment dans l’Adamaoua et l’Est. De plus, ils sont « exportés illégalement par contrebande vers le Nigeria. Un schéma similaire à celui de l’or informel, mais avec un débouché terrestre plutôt qu’aérien », confie-t-il.

Au terme de cette vérification, l’assertion selon laquelle le Cameroun n’a jamais exporté en dehors de l’or artisanal, un quelconque autre minerai n’est pas avérée. Contrairement aux déclarations de Fuh Calistus Gentry, ministre des Mines, de l’Industrie et du Développement technologique par intérim, le Cameroun exporte, d’autres minerais en plus de l’or artisanal, d’après le rapport ITIE 2023 sur la production et des exportations du secteur des mines et carrières, The Global Economy qui cite le processus de Kimberley comme source et des ingénieurs en mines.

Michèle EBONGUE