Au cours d’une émission de débat sur STV, Me Lavoisier Tsapy, militant du MRC, a déclaré durant la prise de parole de Célestin Djamen, son ex camarade de parti du Social Democratic Front, qu’avant d’être maire,  feue Rosette Mboutchouang, la belle-mère de Paul Biya, n’était pas encore mariée. Avant d’ajouter qu’elle s’est mariée pendant sa mandature. Des articles de presse, le maire actuel de Bangou et un de ses adjoints démentent cette assertion.

Alors que la problématique liée à une certaine revendication de l’autochtonie des peuples de la région du Littoral fait débat au Cameroun, des plateaux de télévisions et des studios radio offrent leurs espaces aux politiques et spécialistes des questions tribales et juridiques. Question de discuter de ces problèmes qui fâchent et expliquer de quoi il en ressort exactement. C’est ce qui a certainement expliqué le choix du premier sujet de l’émission 7 Hebdo du dimanche 7 juin 2026 sur STV.

Intitulé « Que se passe-t-il au quartier Grand Moulin à Douala ? », ce thème vient ainsi rappeler l’actualité de la semaine, marquée par une marche, orchestrée par les natifs de Bonateki, un quartier et village du canton Deido, dans l’arrondissement de Douala 1er. Ils protestaient l’installation d’un allogène, ressortissant de la région de Ouest au Cameroun, comme chef de quartier.

Pour indiquer l’anormalité et le volet tribaliste de cette protestation, Célestin Djamen, président de l’Alliance Patriotique et Républicaine (Apar), un parti politique d’opposition, fait un rapprochement avec l’élection municipale, après une heure d’émission. « Il est tout à fait normal qu’à Douala, un bamiléké aspire à devenir maire, y compris maire de la ville, y compris président du conseil régional. (…) la loi n’exclue pas qu’un Bassa ou qu’un Douala soit maire candidat à l’Ouest (…) il y a eu à Bangou, la mère de la première dame, madame Mboutchouang ». Au même moment, Me Lavoisier Tsapy, adjoint au maire de Bafoussam 1er renchérit : « Avant d’être maire, elle n’était pas encore mariée. Elle s’est mariée pendant la mandature ».

7 Hebdo est une émission de débat politique et de société diffusée tous les dimanches sur STV, une chaîne de télévision à capitaux privés. Le programme rassemble des acteurs politiques, des figures de la société civile et des analystes pour décrypter les grands événements de l’actualité nationale et internationale.

Vérification

Une recherche par mots clés sur Google sur l’authenticité de l’assertion de vérification permet à DataCheck de retrouver des articles des sites et agrégateurs de contenus qui évoquent la vie et la mort du couple Mboutchouang. Soit les « beaux-parents » de Paul Biya, le président de la République du Cameroun.

D’ailleurs, 237 Online.com publie le 26 février 2017, un article intitulé « Cameroun : Le très discret époux de Mme Mboutchouang Rosette », qui retrace la vie d’Ernest Mboutchouang, le beau-père de Chantal Biya. « Dès le départ, Ernest Mboutchouang est un homme très discret. Il a toujours été comme cela jusqu’à ce que les projecteurs de la célébrité ne le rattrapent. Il avait aimé une femme et ne demandait qu’à filer le plus anonyme des amours avec elle jusqu’à ce que le sort n’en décide autrement. Sa belle-fille Chantal Vigouroux allait rencontrer sur son chemin le Président de la République. Ce dernier allait en faire son épouse, changeant du même coup son statut et celui de son épouse. Depuis lors, il ploie sous mille et une sollicitations qui sont autant de tourbillons qui le secouent », apprend DataCheck à la lecture d’un extrait de cet article dont la dernière mise à jour date du 6 août 2025.

Plus bas, il est indiqué qu’« on ne l’a [Ernest Mboutchouang] jamais vu prononcer un discours en public. Il gère juste la célébrité de son épouse et celle de sa belle-fille qui le soutient avec le grand cœur qu’on connait. Lorsqu’il a fallu anoblir son épouse en avril 1994, il avait dans la foulée été élevé à la dignité de « Sop Siligap » pendant que sa femme était faite « Mefé Siligap ». 

         

Capture d’écran d’une publication d’anniversaire de mariage de Paul et Chantal Biya. ©Journal du Cameroun

A la lecture de ces deux extraits, l’on constate que Rosette Mboutchouang, l’ex maire de la commune de Bangou 2007-2013, décédée au courant de sa mandature, a été élue après son mariage avec Ernest. D’ailleurs, le second extrait évoque l’année 1994 comme celle de son élévation traditionnelle dans le village de son époux. Qui correspond au mois et à l’année de mariage de Paul et Chantal Biya.

Contacté au sujet de sa déclaration, Me Lavoisir Tshapy a souhaité réécouter l’émission avant de se prononcer. Quelques heures après, DataCheck joint à nouveau le militant du Mouvement pour la renaissance du Cameroun ( MRC), comme demandé, sans suite.

Pour plus d’informations sur la date de mariage du couple Mboutchouang dont l’épouse est décédée en 2013 et l’époux 9 ans plus tard, soit en 2022, DataCheck a une fois encore soumis des questionnements à Google(1 et 2). Sauf qu’aucune information concrète sur le sujet n’est mentionnée, et aucune image de leur mariage retrouvée. Suite à cela, la rédaction s’est tournée vers Paul Sikapin, l’actuel maire de la commune de Bangou, qui avoue ne pas avoir la date de mariage du couple Mboutchouang. Mais se souvient que « le père et la mère [le couple Mboutchouang] étaient au mariage de Paul et Chantal Biya. Ils se sont mariés vers les années 90, c’était avant le mariage de Paul et Chantal Biya. Si vous avez la date précise du mariage de Paul et Chantal, le leur s’est tenu 1, voire 2 ans avant ». Avant d’ajouter : « Je peux vous dire sans risque de me tromper qu’on l’a [feu Rosette Mboutchouang] accueilli plus qu’aucun autre maire de la commune de Bangou. On n’a jamais accueilli un maire à Bangou comme elle. Son amour pour sa région d’adoption faisait sa particularité ».

Luther Wameni, adjoint au maire de Bangou évoque quant à lui, l’année 1994, sans en dire plus.

L’assertion selon laquelle la feue Rosette Mboutchouang, la belle-mère de Paul Biya s’est mariée pendant sa mandature est fausse. L’ex maire de Bangou 2007-2013 était déjà l’épouse d’Ernest Mboutchouang, natif de Badenkop, dans le département des Hauts plateaux, arrondissement de Bangou dans la région de l’Ouest au Cameroun, avant de devenir maire.

Michèle EBONGUE