Une note vocale virale circule sur le réseau social TikTok et prétend que le tabac et/ou le chanvre demeure le seul médicament contre la maladie à virus Ebola. La voix off diffuse la nouvelle en langue swahili, couramment parlée dans la plupart des provinces de la République démocratique du Congo (RDC). Cependant, des vérifications menées par DataCheck auprès de l’Institut national de recherche biomédicale (INRB) ainsi que de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) démontrent que cette assertion est fausse. Le tabac n’a aucune fonction médicinale et, par ailleurs, il n’existe à ce jour aucun vaccin pour la nouvelle souche d’Ebola, déclarée mi-mai 2026 au pays. 

Le samedi 13 juin 2026, le compte TikTok dénommé “La Réalité”, suivi par près de 240 000 followers, a publié une note vocale avec cette légende en toile de fond : “Le tabac est le seul médicament pour Ebola”. Ce post (archivé ici) compte plus 1 200 réactions et près de 60 000 vues. Dans la publication, la voix off féminine s’exprime en swahili et affirme : “Nikweli. Bangi ni dawa ya Ebola. Nikweli yenye ule garçon ana sema. Bangi ni dawa ya ebola. Musi mupinge ata. Munakuwa na ipiga na ma citrons kisha muna ipatiya batoto. Bali ivumbulaka depuis la Jamaïque mu ile Ebola yenye ilipitaka juu ya ile bangi. Ile musi mu bishe”. Traduction en français : “C’est vrai. Le chanvre est un médicament contre Ebola. C’est vrai ce que ce garçon a dit. Ne le contredisez pas. Prière de préparer le tabac, mélangé au chanvre avec des citrons, avant de le donner à vos enfants. On avait découvert cela depuis la Jamaïque lors de l’autre épidémie d’Ebola. Vous n’avez pas à discuter de cela”. 

La République démocratique du Congo (RDC) fait actuellement face à la 17ᵉ épidémie de la maladie à virus Ebola. Elle a été déclarée officiellement à la mi-mai 2026 dans la province de l’Ituri, située au Nord-Est du pays. Ce virus est causé par une souche rare appelée “Bundibugyo”. Il a déjà causé 192 décès sur un total de 808 cas confirmés enregistrés depuis son apparition, soit un taux de létalité global de 23,8 %, selon le rapport sur la situation épidémiologique publié le 14 juin 2026. D’après la Croix-Rouge, cette nouvelle épidémie pourrait durer un an. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a déjà déclenché une urgence sanitaire internationale. Mais sur le terrain, les équipes de riposte contre ladite épidémie font face à une résistance communautaire due à des rumeurs autour de l’existence de la maladie. En RDC, la désinformation sanitaire a récemment occasionné des morts dans la province de la Tshopo. Des centres d’isolement ont récemment été incendiés dans la zone de santé de Rwampara, en Ituri, qui reste l’épicentre du virus d’Ebola. Et dans la ville commerciale de Butembo, au Nord-Kivu, le Centre de traitement d’Ebola (CTE) de Katwa a échappé à un incendie, la nuit du mercredi au jeudi 11 juin 2026. C’est dans ce contexte que la publication virale sous examen a été faite. 

Vérification

Contacté par DataCheck via la messagerie de TikTok, l’auteur de la publication virale affirmant que le tabac guérit Ebola n’a pas souhaité s’exprimer sur ses sources. À la place, il s’est contenté d’un simple « Bonjour » en guise de réponse. DataCheck a contacté le Dr Michel Tosalisana, médecin-chef de la zone de santé de Beni. Il met en garde contre les rumeurs autour de la 17ᵉ épidémie d’Ebola qui sévit dans la région et estime que les intox n’ont pas lieu d’être en cette période où l’épidémie d’Ebola est en train de causer la mort de plusieurs personnes dans l’Est du pays. “Cela (tabac : ndlr) ne peut jamais guérir la maladie. C’est complètement faux”, dément le Dr Michel Tosalisana

“Nous sommes en train de décourager ceux qui démobilisent la communauté. Nous avons perdu nos semblables, ça en est trop (…) Nous supplions ceux qui font de la désinformation autour de cette maladie d’arrêter. Parce que la réalité est là : les gens sont en train de mourir. Même les prestataires de soins, car il n’y a pas que les autres personnes de la communauté. Il y a aussi les prestataires de soins. Nous sommes en train de les perdre. Nous déplorons toutes ces pertes en vies humaines », explique ce médecin généraliste.

Nous avons joint au téléphone le Dr Jean-Jacques Muyembe, virologue congolais de renommée mondiale, pour avoir co-découvert le virus Ebola en 1976. Il est par ailleurs directeur de l’Institut national de recherche biomédicale (INRB), servant de laboratoire national de recherche biomédicale pour le ministère de la Santé, de l’hygiène et de la prévoyance sociale de la RDC. Il dément lui aussi la publication querellée, rappelant au passage que la nouvelle souche d’Ebola qui sévit dans l’Est de la RDC n’a pas encore de vaccin spécifique. 

“Nous n’avons aucune preuve ou évidence scientifique sur ça (la publication sous examen : Ndlr). Pour le moment, nous disons qu’il n’y a pas de traitement spécifique. Il n’y a pas de vaccin spécifique pour la souche Bundibugyo. Sinon, tout cela n’est que des spéculations, mais il n’y a aucune évidence scientifique”, informe-t-il à DataCheck au téléphone, tout en conseillant à tous de suivre les interventions de santé publique qui sont diffusées par le ministère de la Santé. Le Dr Jean-Jacques Muyembe rappelle aussi que, “Ebola se transmet par contact direct des liquides du corps. Donc le sang, la salive, etc. » Alors, plaide-t-il, “Pour l’instant, ce que nous demandons, c’est seulement l’engagement de la population afin qu’elle accepte que cette maladie existe et qu’elle pense à comment l’éviter. C’est ça qui est le plus important”. 

Des vies en danger

De son côté, le Dr Bavon Tangunza, spécialiste de la lutte contre la désinformation sanitaire au sein de l’OMS, analyse que la rumeur sous examen peut naître “d’une confusion par le fait que certaines recherches biomédicales utilisent des plantes de type tabac comme plateforme de production expérimentale de molécules ou d’anticorps”. “Cela ne signifie absolument pas que la consommation de tabac, le fait de fumer, de mâcher du tabac ou d’utiliser des feuilles de tabac peut prévenir ou guérir Ebola”, a-t-il insisté à DataCheck, avant de poursuivre : “La diffusion de remèdes non prouvés peut retarder le recours aux soins, favoriser la contamination au sein des familles et aggraver la propagation de l’épidémie. Nous encourageons donc les médias, les leaders communautaires et les utilisateurs des réseaux sociaux à vérifier les informations auprès des sources sanitaires officielles avant de les partager. Bref : le tabac ne soigne pas Ebola. Cette rumeur n’a aucune base scientifique et peut mettre des vies en danger en retardant le recours aux soins”. 

Déogratias Siku, l’un des spécialistes en gestion, analyse de l’information et de l’infodémie au sein de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), insiste sur le fait que le tabac ne peut en aucun cas guérir Ebola. Il rappelle d’ailleurs que cette plante, dont les feuilles séchées contiennent de la nicotine, n’a pas de fonction médicinale. 

“La question porte sur le mode de prévention. À part le tabac, les gens citent beaucoup d’autres choses. Tout ça, ce sont des rumeurs. Il n’y a rien qui prouve ça scientifiquement et ça ne peut même pas être prouvé parce que le tabac n’a pas de fonction médicinale. C’est pour ça qu’on écrit même que fumer est préjudiciable à la santé parce que le tabac a une toxine que les gens ne contrôlent pas. Donc le tabac est toxique”, a-t-il expliqué à DataCheck. 

En conclusion, l’assertion selon laquelle le tabac ou encore le chanvre reste le seul médicament pour le virus d’Ebola qui sévit en RDC depuis mi-mai 2026 est fausse. Des vérifications faites auprès des médecins spécialistes ainsi que de l’OMS tranchent sur le fait que le tabac n’a aucune fonction médicinale. La nouvelle souche d’Ebola déclarée en RDC n’a également pas de vaccin jusque-là. 

Joël Muyisa, en RDC