D’après une publication virale sur facebook, la sueur des aisselles masculines peut littéralement réguler les hormones d’une femme, son cycle menstruel et même améliorer son humeur. Seulement, après vérification auprès des spécialistes de la sante entre autres, outre l’absence de preuves suffisantes, il n’y a également pas de données scientifiques disponibles pour confirmer cette assertion.
Depuis quelques semaines, une affiche circule sur les réseaux sociaux, notamment sur Facebook. Il s’agit en fait d’une capture d’écran d’une page ivoirienne. Dénommée Côte d’Ivoire Mag, la plateforme se décrit comme un Magazine d’informations et d’actualités ivoiriennes et internationales. Le visuel montre plusieurs femmes en blouse blanche qui semblent humer les aisselles d’hommes torses nus. Le texte rédigé en blanc et rouge dit: « la sueur des aisselles masculines peut littéralement réguler les hormones d’une femme, son cycle menstruel et même améliorer son humeur ». Cette publication intervient quelques jours après la célébration de la Journée mondiale de la santé sexuelle, le 4 septembre 2026. Ce rendez-vous annuel vise à promouvoir une approche positive et respectueuse de la sexualité et des relations humaines.
Vérification
Une recherche par mots-clés sur Google a conduit DataCheck vers deux publications qui abordent les effets possibles de la transpiration masculine sur les femmes. La première est une étude scientifique publiée en 2024 et accessible sur PubMed Central (PMC), une archive gratuite de publications biomédicales et scientifiques gérée par la Bibliothèque nationale de médecine des États-Unis. Intitulée « Male Body Odor Affects Emotional State, LH, and Cortisol Secretion in Women of Different Age Groups », elle a été réalisée par Tatiana Laktionova, Ilya Kvasha et Vera Voznessenskaya.
Les chercheurs ont étudié les réactions de femmes en âge de procréer et de femmes préménopausées à des extraits de sécrétions salivaires masculines. Pour mener leurs travaux, ils ont recueilli des sécrétions sous les aisselles de six hommes. Ils ont ensuite appliqué un extrait de ces sécrétions sur un coton placé près du nez des participantes. Les chercheurs ont mesuré certaines variations hormonales dans leur salive et évalué leur état émotionnel à l’aide de questionnaires. Les résultats montrent que l’application de cet extrait a eu des effets différents sur la sécrétion de l’hormone lutéinisante (LH), selon la phase du cycle menstruel. Chez les femmes testées pendant la phase folliculaire, les chercheurs ont observé une augmentation significative du nombre et de l’amplitude des pics de LH. En phase lutéale, ils ont plutôt relevé une diminution de l’amplitude de ces pics.
L’étude s’est également intéressée au cortisol salivaire. Après l’application de l’extrait, les chercheurs ont constaté une augmentation moyenne de 15,1 % de son taux chez les femmes en âge de procréer, contre une diminution moyenne de 25 % chez les femmes préménopausées. En revanche, concernant l’état émotionnel, ils n’ont pas observé de changement significatif de l’affect positif ou négatif à court terme. Ils ont toutefois relevé certaines variations au cours de l’expérience et souligné que la fatigue des participantes pouvait expliquer une partie de ces changements. Dans leur conclusion, les auteurs indiquent que l’odeur corporelle masculine pourrait modifier certains paramètres hormonaux en fonction de la phase du cycle menstruel. Ils précisent que, « Grâce à une méthode non invasive, nous avons démontré, pour la première fois, que l’odeur corporelle masculine peut augmenter non seulement le nombre de pics de LH salivaire, mais aussi leur amplitude durant la phase folliculaire du cycle menstruel ».
Capture d’écran de l’étude scientifique sur PubMed Central (PMC).
Toutefois, ces résultats portent sur l’application d’un extrait préparé à partir de sécrétions axillaires (sécrétions produites au niveau des aisselles), et non sur le simple fait de sentir directement les aisselles d’un homme.
La seconde publication qui aborde également cette question est un article de L’Orient-Le Jour, quotidien libanais, publié en mars 2003 sous le titre « La sueur d’homme, déstressant pour femmes ». Le journal rapporte les résultats de travaux menés par une équipe de biologistes de l’Université de Pennsylvanie.
Capture d’écran de l’article de L’Orient-Le Jour.
D’après l’article, les chercheurs ont recueilli des échantillons de transpiration sous les aisselles d’hommes, puis les ont appliqués sur la lèvre supérieure de 18 femmes âgées de 25 à 45 ans. « Une majorité de femmes a fait état d’une amélioration de son état général et d’un sentiment “déstressant” », lit-on dans le texte. L’article rapporte également une hausse du taux de progestérone dans les analyses de sang réalisées après l’expérience. Charles Wysocki, coauteur de l’étude, estime que ces résultats suggèrent l’existence d’une « communication chimique » entre hommes et femmes. Les chercheurs évoquent aussi de possibles applications médicales si le composé actif de la transpiration masculine pouvait être identifié.
Les spécialistes appellent à la prudence
Pour mieux comprendre cette déclaration, DataCheck a sollicité plusieurs spécialistes. Dr Emapi Honoré De Balzac, gynécologue-obstétricien à Douala Clinic Makepe Bm, conteste l’affirmation selon laquelle la sueur des aisselles masculines pourrait réguler les hormones et le cycle menstruel des femmes. Il rappelle que la sueur est principalement composée d’eau et de sels minéraux. Celle des aisselles peut contenir des bactéries, en raison de l’environnement favorable à leur prolifération que crée la transpiration. Selon lui, la sueur est sécrétée par les glandes sudoripare et elles ne sont pas directement liées au système hormonal qui se trouve au niveau de l’hypophyse et qui régule notamment les sécrétions des ovaires. « Les principales hormones impliquées dans le cycle menstruel comprennent les œstrogènes, la progestérone, l’Hormone folliculo-stimulante (FSH) et LH. Il n’y a aucun lien direct entre les glandes sudoripares des aisselles et les ovaires qui permet de conclure que la sueur masculine peut réguler les hormones féminines », fait savoir Dr Emapi Honoré De Balzac.
Il ajoute : « Il est possible que l’odeur corporelle varie d’une personne à l’autre. Les hommes peuvent, dans certaines circonstances, transpirer plus que les femmes. Cela dépend de plusieurs facteurs, notamment de l’activité physique. Mais cela ne signifie pas que la sueur masculine agit sur les organes sexuels ou les hormones féminines ». Au sujet des deux études retrouvées par DataCheck, le gynécologue invite à la vigilance. « Ce sont des essais expérimentaux qu’il faut prendre avec des réserves », estime Dr Emapi Honoré De Balzac.
Par ailleurs, Dr Ghislaine Mangon, le dermatologue contacté par DataCheck a suggéré de se rapprocher d’un endocrinologue, spécialiste des hormones, afin d’avoir de plus amples explications. Nous avons donc contacté par messagerie le Dr Ibrahim Abdel-Nasser, endocrinologue à l’Hôpital Mère Enfant de Bingerville en Côte d’Ivoire. Il rappelle que l’endocrinologie est la spécialité médicale consacrée aux maladies des glandes endocrines. Or, les glandes sudoripares ne font pas partie de ce système. L’endocrinologue explique que « la sueur est essentiellement constituée d’eau et de sel et que celle des aisselles peut contenir une petite quantité de substances huileuses. Elle permet notamment au corps de réguler sa température ». Sur cette base, il estime que la sueur ne possède pas de propriétés particulières à usage cosmétique ou autre.
Pour sa part, le Dr Marvin Marco, endocrinologue, distingue les effets possibles de l’odeur corporelle des effets hormonaux avancés dans la publication. Selon lui, certains effets de la sueur masculine sur les hormones féminines ont fait l’objet d’études, mais les preuves restent insuffisantes. Il précise que la régulation des règles n’est pas démontrée. Il ajoute qu’une odeur familière peut avoir un effet émotionnel positif et que l’odeur corporelle peut éventuellement influencer l’attirance, sans qu’un effet systématique soit établi. Le Dr Adrien Belonne Kombe, médecin généraliste au centre médical du commissariat central au Congo Brazzaville, partage d’ailleurs ces réserves. Il estime que l’odeur corporelle d’un partenaire peut influencer le sentiment de proximité, l’attirance ou le confort émotionnel au sein d’un couple. Cependant, cela ne prouve pas que la sueur exerce directement un effet hormonal thérapeutique. « Aucun composé de la sueur masculine n’a été établi comme une phéromone capable de réguler de façon fiable les hormones féminines. Et elle ne peut donc pas modifier ou réguler le cycle menstruel », explique Adrien Belonne Kombe avant d’ajouter que « la sueur masculine n’est ni un traitement hormonal ni une méthode reconnue pour régulariser les règles ».
Tout compte fait, l’affirmation selon laquelle la sueur des aisselles masculines peut littéralement réguler les hormones et le cycle menstruel d’une femme, et même améliorer son humeur, n’est pas fondée d’après les éléments recueillis par DataCheck. Les études consultées rapportent certaines variations hormonales et émotionnelles dans des conditions expérimentales précises. Toutefois, elles ne démontrent pas que le simple fait de sentir les aisselles d’un homme entraîne ces effets.
Anifa MFOUSSIE
Partager la publication "Médecine : non, la sueur des aisselles masculines ne régule pas les hormones féminines"

