Depuis l’annonce de la démonétisation de certaines pièces de monnaie en zone CEMAC le 7 octobre 2026 à travers un communiqué de presse, les transactions financières avec les pièces de monnaie sont mises à mal du fait des interprétations diverses et trompeuses.
Le 7 octobre 2026, à N’Djamena, au Tchad, le Comité ministériel de l’UMAC a tenu sa session ordinaire sous la présidence de Tahir Hamid Nguilin, ministre d’État chargé des Finances, du Budget, de l’Économie, du Plan et de la Coopération internationale du Tchad. Dans son communiqué de presse, le Comité a annoncé la démonétisation des pièces mises en circulation en 1958, 1959, 1971, 1976 et 1985. Celles-ci vont perdre leur cours légal et leur pouvoir libératoire dans les six pays de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC) à partir du 1ᵉʳ novembre 2026.
Cette annonce a été comprise par une partie de la population comme la fin de la validité de certaines pièces de monnaie, notamment toutes les pièces de 500 FCfa et même de 100 FCfa. Pourtant, la décision ne concerne pas toutes les pièces en circulation. Les gammes de 2006 et 2024 restent valables, tandis que les anciennes pièces visées par la mesure pourront être échangées pendant une période transitoire. Dans une note explicative consacrée à la mesure le 17 octobre 2026, la Banque des Etats de l’Afrique Centrale (BEAC) rappelle que « la démonétisation est l’opération officielle par laquelle un billet de banque ou une pièce de monnaie perd son cours légal et son pouvoir libératoire ». Autrement dit, les consommateurs ne peuvent plus payer un produit, un service ou honorer une dette avec les pièces d’une gamme démonétisée. Ils doivent donc échanger leurs anciennes pièces contre des pièces plus récentes.
Les pièces concernées ©BEAC
D’après l’institution après le 1er novembre 2026, les commerçants peuvent refuser d’encaisser le type de pièces de monnaie concerné et doivent rembourser le consommateur avec les pièces ayant cours légal dans la zone CEMAC.
Le calendrier d’échange prévoit trois étapes. Du 1er novembre 2026 au 31 juillet 2027, les anciennes pièces pourront être échangées auprès des banques, des établissements de microfinance et de la BEAC. A partir du 1er août au 31 octobre 2027, l’échange sera réservé aux guichets de la banque centrale. Le 1er novembre 2027 marque la fin des échanges.
Calendrier des échanges ©BEAC
A en croire des spécialistes du domaine, la confusion autour de la mesure tient aussi au vocabulaire technique et aux informations diffusées sur le calendrier. Selon Dany Dombou, économiste, « une annonce faite en deux temps, l’emploi de termes comme cours légal et pouvoir libératoire, ainsi que la crainte de rester avec des pièces inutilisables, ont pu encourager certains refus anticipés ».
Pour Dr Aristide Merlin Ngono, économiste de l’Association des économistes et gestionnaires du Cameroun, il faut distinguer la perte du cours légal de la perte de valeur. « Une pièce qui perd son cours légal ne perd pas sa valeur tout de suite. Pendant la période d’échange, une ancienne pièce de 100 FCfa vaut toujours 100 FCfa au guichet. On ne peut simplement plus la donner au commerçant. Elle ne devient sans valeur qu’après la date limite d’échange. Ici, ce sera le 31 octobre 2027 », explique-t-il avant d’ajouter qu’une monnaie qui perd sa valeur, c’est autre chose : c’est l’inflation, une dévaluation ou une crise de confiance. Le pouvoir d’achat du FCfa lui-même baisse.
Cette transition pourrait néanmoins compliquer les paiements si les nouvelles pièces ne sont pas disponibles en quantité suffisante. « Le contexte est déjà tendu, car le Cameroun connaît une pénurie chronique de petite monnaie”, révèle Aristide Merlin Ngono, économiste. Il estime également que le manque de monnaie pourrait ralentir les transactions et compliquer le rendu de monnaie. Il pourrait aussi favoriser les arrondis de prix à la hausse. « Quand la petite monnaie manque ou est refusée, l’article à 150 FCfa passe à 200 FCfa . Faute de monnaie, le trajet à 250 F devient 300 F. C’est l’arrondi à la hausse déjà observé au Cameroun lors des pénuries de pièces », déclare Aristide Merlin Ngono.
L’accès aux points d’échange constitue un autre défi. Cette dernière phase pourrait pénaliser les personnes vivant loin des agences concernées, cependant l’économiste propose quelques mesures pour contrer cela : « Communiquer en langues locales et à la radio communautaire ; afficher une illustration des gammes concernées dans les marchés ; rappeler clairement que les gammes 2006 et 2024 restent valables ; déployer des guichets mobiles », martèle Dany Dombou, économiste. Il conseille notamment aux détenteurs de pièces concernées de vérifier leur millésime et de procéder à l’échange suffisamment tôt, de préférence avant le 31 juillet 2027, et de ne jamais accepter de décote proposée par un intermédiaire.
Les gammes de 2006 et 2024 ©BEAC
Au-delà du retrait effectif des anciennes pièces, la réussite de la démonétisation devra se mesurer à ses effets sur la circulation monétaire et les conditions d’échange des usagers. Pour Aristide Merlin Ngono, plusieurs indicateurs permettront d’évaluer les résultats de l’opération. Il s’agit notamment : « du taux de retour des anciennes pièces, qui devra être suffisamment élevé pour limiter les pertes liées aux pièces disparues, fondues ou exportées, ainsi que du maintien de la disponibilité de la petite monnaie. Éviter une aggravation de la pénurie et des hausses de prix liées aux arrondis dans les petits commerces et les transports. l’acceptation des pièces encore valables, notamment celles des gammes 2006 et 2024, et la réduction des refus injustifiés ».
Anifa MFOUSSIE
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