Des publications sur les réseaux sociaux affirment que la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO) a fait une déclaration allant dans le sens de soutenir le changement de la constitution en République démocratique du Congo (RDC). Les auteurs de ces posts prétendent que cette décision des prélats catholiques a été prise pour l’intérêt du peuple congolais. Cependant, des vérifications auprès du secrétariat général de la CENCO ainsi que d’un doctorant et expert en droit constitutionnel, il ressort que cette allégation est fausse.

Mi-mai 2026, l’internaute Christian Baka annonce sur son compte Facebook que les Évêques de la CENCO réitèrent leur soutien au changement de la constitution de la République Démocratique du Congo (RDC). Le post dit : “Urgent ! Les évêques de la CENCO réitèrent leur soutien indéfectible au changement de la constitution de la République démocratique du Congo, selon l’intérêt du peuple congolais”. Très vite, des publications similaires se sont répandues (ici, ici, ici, et ).

La révision ou le changement de la constitution fait l’actualité en RDC depuis quelque temps déjà. En effet, le 25 octobre 2024 déjà, dans un meeting à Kisangani, chef-lieu de la province de la Tshopo, le président congolais Félix-Antoine Tshisekedi mettait en avant l’importance de réviser la constitution. Depuis lors, la majorité présidentielle réunie au sein de la plateforme politique Union sacrée de la nation (USN) a multiplié les sorties médiatiques, affirmant l’intention du chef de l’État de réviser ou de changer la constitution. Mais lopposition congolaise s’est opposée à ce projet, soupçonnant Félix-Antoine Tshisekedi de vouloir briguer un troisième mandat. Le mardi 19 mai 2026, d’ailleurs, elle a lancé la “Coalition article 64”, avec comme objectif de freiner tout projet de réforme constitutionnelle. C’est dans ce contexte que les publications sous examen sont faites.

Vérification 

DataCheck a tenté en vain de joindre l’internaute Christian Baka, l’un des auteurs des publications que nous vérifions, afin d’en savoir un peu plus sur la source de cette nouvelle. Nous avons donc contacté Monseigneur Donatien Nshole, secrétaire général de la Commission épiscopale nationale du Congo, qui rassemble tous les évêques catholiques de la RDC. Il a formellement démenti un quelconque soutien de  la CENCO au changement de la constitution. Peu disert, il a juste lancé: “Fake news”, sans en dire plus à DataCheck sur le sujet. Une recherche par mots-clés a, conduit DataCheck vers des sorties médiatiques (ici, ici, ici et ) de Monseigneur Donatien Nshole dans lesquelles il affirme l’opposition catégorique de la CENCO au changement de la constitution. 

L’abbé Guy Masieta, par ailleurs secrétaire de la commission épiscopale de communications sociales au sein de la CENCO, a également confirmé à DataCheck que le post sous examen est faux. “La CENCO n’a pas fait une pareille déclaration. Les évêques vont se réunir du 15 au 18 juin (2026, Ndlr). Ils feront une déclaration à l’occasion”, a-t-il expliqué. DataCheck a contacté Me Moïse Kikondo, doctorant en droit constitutionnel à l’Université de Kinshasa (UNIKIN) qui apporte des éclaircissements sur la révision ou le changement de la constitution. 

Il relève que la confusion qui entoure les concepts “réviser” et/ou “changer” la constitution peut être à la base de la désinformation au sein de l’opinion, en cette période où le président Félix-Antoine Tshisekedi n’exclut pas la possibilité de briguer un troisième mandat“La révision constitutionnelle, ce n’est pas le changement de la constitution. Ce sont deux notions différentes. Quand est-ce qu’on parle de révision constitutionnelle et quand est-ce qu’on parle de changement constitutionnel ? On parle de la révision constitutionnelle lorsque l’on estime qu’il y a certains articles qui présentent des lacunes dans la constitution et l’on estime que ces articles-là doivent être touchés ou modifiés pour s’adapter à la réalité favorable à la nation ou à l’État”, explique Moïse Kikondo

D’après les explications de ce dernier, ça veut dire que lorsque l’on est dans la logique de la révision constitutionnelle, l’ancienne constitution reste en vigueur. Seulement, on modifie quelques articles pour les adapter à la réalité. Le changement de la constitution, quant à elle, suppose que l’on prenne l’ancienne constitution, qu’on la déchire. On la brûle, on la met au feu, on estime qu’il y a un vide constitutionnel. “Et là, on parle maintenant du pouvoir constitutionnel du constituant originel. Ça veut dire qu’on n’a plus d’autre constitution”, ponctue l’avocat.

En conclusion, les publications affirmant que les évêques catholiques de la RDC soutiennent le projet visant à changer ou à réviser la constitution sont fausses. Des vérifications, notamment auprès de la CENCO, démontrent que les prélats catholiques s’opposent plutôt à la révision constitutionnelle en RDC. 

Joel Muyisa, en RDC